RECUPERATION ET RECYCLAGE DES PRODUITS PAPIERS-CARTONS EN FRANCE
CONTEXTE ECONOMIQUE DES SECTEURS DE LA RECUPERATION ET DU RECYCLAGE DES PAPIERS-CARTONS PARTIE V
1 RECUPERATION ET ECHANGES EXTERIEURS
1.1 Evolution de la récupération
Le taux de récupération des produits à base de papier-carton a connu ces vingt dernières années une augmentation importante passant de 30,4 % à 46,5 %, soit une progression moyenne de l’ordre de 0,8 % par an. La progression du taux de récupération est néanmoins plus faible que celle du taux de recyclage qui présente une évolution moyenne de 1,1 % par an sur les vingt dernières années.

1.2 Récupération en 2000
Pour l’année 2000, en plus des cinq millions de tonnes de déchets papiers-cartons collectés annoncés par FEDEREC, REVIPAP prend en compte les 0,3 million de tonnes échangées au sein de la profession. C’est donc 5,3 millions de tonnes qu’avance REVIPAP comme étant la quantité de produits à base de papiers et cartons récupérés en France. 46,5 % des papiers-cartons consommés en France ont ainsi été récupérés sur le territoire national. Même si ce taux de récupération semble satisfaisant, il ne permet pas un approvisionnement suffisant pour l’industrie du recyclage, utilisatrice en 2000 de près de 5,7 millions de tonnes de produits papiers-cartons récupérés. La France est donc contrainte à l’importation en masse de ces produits.
1.3 Situation de la France dans les échanges commerciaux
1.3.1. Evolution des échanges commerciaux
Globalement, jusqu’en 1987, la récupération nationale couvrait largement les besoins français. Les échanges extérieurs dégageaient même un solde commercial excédentaire. Mais depuis 1988, on assiste à une dégradation de l’équilibre antérieur. En 2000, 23 % des fournitures de l’industrie papetière française proviennent de l’importation.

1.3.2. Situation des échanges selon les grandes sortes de produits papiers-cartons récupérés
Il existe une grande diversité de papiers-cartons et les qualités demandées sur un marché ne sont pas forcément celles que l’on récupère. C’est une des raisons qui explique que la France, qui manque de papiers-cartons récupérés, en exporte.
L’observation de la nature des exportations dégage l’importance des Caisses Cartons de Récupération (CCR). Le volume de CCR exporté représente 412 milliers de tonnes. Les exportations de CCR sont importantes en raison du poids des grandes enseignes commerciales, et donc de la récupération de cette catégorie de papier-carton.
Les journaux, brochures et autres sortes à désencrer sont massivement importés. Les importations permettent de palier le manque de récupération de cette catégorie et ainsi assurer la couverture des besoins du secteur du papier journal. Celui-ci présente un taux d’utilisation de 94,5 % en 2000. Les qualités ordinaires, essentiellement destinées au secteur du papier pour ondulé, sont elles aussi recherchées sur le marché extérieur. Le solde de la balance commerciale est déficitaire de 158 milliers de tonnes pour les mêlés et de 146 milliers de tonnes pour les CCR.

1.3.3. Situation des échanges selon l’origine et la destination des produits papiers-cartons récupérés
Par sa situation géographique, la France est au cœur des échanges de papiers et cartons de récupération en Europe. En 2000, ces échanges représentent 94 % des échanges français. La France exporte traditionnellement vers les pays du sud de l’Europe et importe des pays du nord.
L’observation de la destination géographique des produits papiers-cartons récupérés dégage l’importance des exportations vers l’Espagne. La demande de l’Espagne demeure la plus forte, absorbant à elle seule 45 % des exportations françaises. Au marché européen s’est depuis peu greffé le marché asiatique. En 2000, 12 % des exportations sont réalisées vers les pays asiatiques, dont le déficit en produits papiers-cartons récupérés approchait les 6 millions de tonnes en 1997. Le coût de ces exportations peut être moins chère que celui d’un transport d’un bout à l’autre du territoire français. Les exportations vers l’Asie sont alors parfois préférées à un échange national. Ajoutons que l’interdiction de l’exploitation des forêts chinoises prononcé par le gouvernement de Pékin va provoquer un phénomène d’aspiration des flux vers l’Asie.
Les importations françaises proviennent le plus souvent de l’Allemagne qui fournit 40 % de l’approvisionnement étranger.

1.4 Le cours des fibres cellulosiques de récupération
Afin de réaliser les échanges de produits papiers-cartons récupérés, des mercuriales fixent chaque mois le prix plancher et le prix plafond pour l’ensemble des sortes présentes sur le marché mondial. Cela permet aux récupérateurs et aux industries papetières de réaliser les échanges commerciaux sur des bases communes. Libre choix est ensuite laissé aux négociants pour fixer le prix de la sorte qu’ils proposent, dans la fourchette de prix établie.
Lorsque la demande en produits papiers-cartons récupérés baisse, les chutes des cours sont alors vertigineuses. À l'inverse, on assiste pour la fin du premier semestre 2002 à une croissance de la demande internationale pour les papiers-cartons récupérés, ce qui va mettre sous pression les prix de vente pour les deux prochaines années. Cette hausse de la demande provient principalement sur les secteurs de l’ondulé et du papier journal dont les unités de production sont en forte augmentation. Nous pouvons observer la répercussion de cette augmentation sur les cours des fibres cellulosiques au travers celui de la sorte A2 1.

Les prix se définissent par la confrontation de l’offre et de la demande sur le vaste territoire de la planète. Par son extension géographique, le marché est devenu très aléatoire. Ainsi, le prix d’achat de la sorte A2 par les papetiers est passé de 112 euros la tonne en juillet 2000 à 28 euros la tonne en juillet 2001.
2 UTILISATION DES PRODUITS PAPIERS-CARTONS RECUPERES
2.1 Evolution de l’utilisation
L'industrie papetière française a fait des fibres cellulosiques de récupération une source importante pour l'approvisionnement de ses usines. Le taux d’utilisation 2 a connu ces vingt dernières années une augmentation notable, passant de 36 % à 57,8 %, soit une progression moyenne de l’ordre de 1,1 % par an. Le développement considérable du recyclage des produits papiers-cartons récupérés peut s’observer grâce aux taux d’utilisation des années 1980, 1995, 1998, 1999 et 2000 :

La hauteur du taux d’utilisation global ne doit pas cacher que selon les secteurs, des différences importantes s’observent. Toute généralisation est donc hasardeuse. Il est ainsi préférable d’observer l’utilisation des produits papiers-cartons récupérés selon le secteur d’activité de l’industrie papetière et selon les catégories de produits papiers-cartons récupérés.
2.2 Utilisation en 2000
En 2000, sur 10 millions de tonnes de papiers et cartons produites, la consommation de produits à base de papiers et cartons récupérés approche les 5,8 millions de tonnes. Une observation plus précise nous indique que les quantités de produits papiers-cartons récupérés utilisées varient fortement selon le secteur industriel papetier.
2.2.1. Utilisation selon le secteur industriel papetier
Tous les secteurs ont adapté plus ou moins leurs outils de production à l’utilisation de produits papiers-cartons récupérés. Ils entrent ainsi dans le procédé de fabrication des différents types de papier dans des proportions diverses. Le taux d’utilisation de Fibres Cellulosiques de Récupération (FCR) par secteur de l’industrie papetière permet d’observer à quelle échelle et pour quels produits sont utilisés les produits papiers-cartons.

En cinq ans, le recyclage des produits papiers-cartons récupérés pour la fabrication du papier journal est passé de 55 % à plus de 94 %. Certaines sortes contiennent même 100 % de pâtes recyclées. Une telle évolution est considérable. Avec près de 1 million de tonnes de produits papiers-cartons récupérés utilisées, le secteur du papier journal est un des secteurs les plus engagé dans le recyclage des papiers-cartons.
Les papiers pour ondulé représentent pour l’industrie papetière française le second terrain de prédilection du recyclage. De 1 550 milliers de tonnes en 1985, leur production est passée à 2 641 milliers de tonnes en 1995 et atteint 3 435 milliers de tonnes en 2000 (+ 30 % sur cinq ans, soit une progression annuelle de l’ordre de 6 %).
Le secteur de l’impression-écriture, domaine de production de masse, reste à l’écart dans l’utilisation de produits papiers-cartons récupérés avec un taux d’utilisation légèrement supérieur à 10 %. Gros utilisateurs de pâtes blanchies, ces papiers sont de composition fibreuse très variée et sont destinés à des usages pour lesquels qualité et blancheur sont essentielles. Le secteur de l’impression-écriture ne fait que très peu appel aux produits papiers-cartons récupérés. Les industriels de ce secteur se limitent à utiliser une quantité stable de chutes et de déchets d’imprimerie ou de transformation de papiers non imprimés. Si un gisement important de papiers à désencrer existe dans nos bureaux, sa collecte reste pour l’instant marginale.
Les papiers d’emballages souples regroupent une multitude de sortes. Ce secteur voit sa structure de production évoluer plutôt vers le haut de gamme, si bien que le taux d’utilisation des produits papiers-cartons récupérés varient peu. Il atteint 29 % en 2000. Pourtant, le désencrage et les traitements spéciaux offrent des possibilités nouvelles d’intégration des produits papiers-cartons récupérés.
La famille des cartons plats regroupe, elle aussi, une multitude de sortes dont certaines furent, historiquement, les premières utilisatrices de produits papiers-cartons récupérés. L’une des caractéristiques des cartons plats est qu’ils sont le plus souvent de structures multicouches, ce qui permet l’intégration des produits papiers-cartons récupérés dans les couches intérieures et l’obtention d’un taux d’utilisation élevé qui se maintient autour de 80 %.
La ouate de cellulose est la sorte qui domine actuellement le secteur des papiers d’hygiène. Elle est élaborée généralement avec des pâtes chimiques blanchies. Les produits papiers-cartons récupérés peuvent pour autant être utilisés notamment grâce au désencrage et un potentiel de croissance du taux d’utilisation demeure.
Pour les papiers à usages industriels et spéciaux, ensemble hétérogène de sortes à destinations très diverses, le taux d’utilisation se situent à 27,6 %.
2.2.2. Utilisation selon les types de produits papiers-cartons récupérés
Certaines qualités ont vocation à être employées dans un secteur particulier, alors que d’autres ont des usages plus diversifiés dans les différents secteurs papetiers. Les qualités de produits papiers-cartons récupérés sont nombreuses. On peut distinguer les sortes basses, les sortes à désencrer et les sortes supérieures. Elles sont consommées par l’industrie papetière française dans les proportions suivantes :

On constate la forte domination des sortes basses (papiers et cartons mêlés, caisses cartons de récupération), pour l’essentiel destinées aux papiers-cartons d’emballages.
Les qualités dites « à désencrer » correspondent aux papiers de presse récupérés (journaux, magazines et brochures ou mélange des deux catégories) et aux papiers de bureau. Avant l’existence du désencrage, ces qualités étaient utilisées directement surtout pour les cartons plats. Les progrès des techniques de désencrage ont modifié et dynamisé ce domaine des produits papiers-cartons récupérés.
Les qualités supérieures, faibles en tonnage, vont également à l’emballage, tout en étant prisés par le secteur des papiers à usages industriels et spéciaux, du fait de leur richesse fibreuse.
3 LES ENGAGEMENTS DE L’INDUSTRIE PAPETIERE DANS LA VOIE DU RECYCLAGE
Les derniers engagements de l’Industrie papetière en faveur du recyclage sont annoncés en novembre 2000 dans la Déclaration Européenne sur la Valorisation des Papiers et Cartons. Les membres de la filière européenne du papier, signataires de la Déclaration sont les suivants :
* CEPI, Confederation of European Paper Industries ;
* ERPA, European Recovered Paper Association.
Ces associations s’engagent à réaliser ce qui suit :
* « réduire d’avantage la production de déchets issus de tous les process tout au long du cycle de vie des papiers et cartons ;
* améliorer d’avantage l’usage efficace des matières premières secondaires et matières annexes ;
* optimiser les systèmes de collecte en partageant leur expertise avec ceux qui sont responsables de la collecte des papiers et cartons récupérés à des fins de recyclage ;
* améliorer, du point de vue technique, opérationnel et en terme d’impact environnemental, les solutions en stimulant et soutenant la recherche et le développement ;
* mieux sensibiliser les consommateurs au recyclage des papiers et cartons en les informant sur leur rôle dans la boucle du papier ;
* enfin, les signataires acceptent de prendre les mesures nécessaires pour assurer qu’en 2005, au moins 56 % des produits papiers et cartons consommés en Europe seraient recyclés. »
1 La sorte A2, renommée sorte 1.02 dans la « nouvelle » norme, regroupe diverses sortes de papiers et cartons, contenant 40 % de journaux et magazines au minimum. (Source : norme EN 643 : 2001)
2 Il faut préciser que le taux d’utilisation ne nous renseigne pas sur le pourcentage de fibres cellulosiques de récupération dans le produit final. Il s’agit bien de la proportion de fibres cellulosiques de récupération utilisée pour la fabrication du papier-carton.