EMERGENCE DE DECHETERIES PROFESSIONNELLES : RECUEIL DE BONNES PRATIQUES

 

II.    LA COMMUNAUTE URBAINE DE BORDEAUX ET SES CINQ DECHETERIES PROFESSIONNELLES

1. Carte d’identité de la collectivité

Communauté urbaine de Bordeaux

- Nombre de communes adhérentes : 27
- Compétence : collecte et traitement
- Population : 719 489 habitants (2010)
- Superficie : 551,88 km2
- Typologie d’habitat : urbain (1 304 hab/km2)

2. Génèse du projet

La Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) tolérait la venue des artisans sur ses quatorze déchèteries publiques sans que cela soit de son domaine de compétence.
Elle a souhaité réduire les apports des déchets d’activités dans ses déchèteries en orientant les artisans vers des déchèteries professionnelles, du fait de la saturation de ses déchèteries publiques (bennes trop rapidement pleines, fermeture d’accès durant les rotations …) et pour permettre aux professionnels d’éliminer plus facilement leurs déchets.
En 2000, les déchèteries réceptionnaient près de 155 000 tonnes/an pour 1,4 millions de visiteurs/an. Et l’apport des professionnels était estimé à près de 30 % du tonnage (46 500 tonnes).
Près de 8 600 artisans sont recensés sur le territoire de la Communauté urbaine de Bordeaux, soit près de la moitié de l’ensemble des artisans du département.

3. Mise en place du réseau de déchèteries professionnelles

Après une première phase de réflexion entre 1998 et 2001, un projet de gestion privée des déchets d’activités a été voté par le conseil de la communauté. La CUB a réuni un groupe de travail composé de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Gironde, de la Chambre de Commerce et d’Industrie…pour leur faire part de ce projet. Un accord a été trouvé avec la Chambre de Métiers pour lui déléguer une campagne de communication en apportant une aide financière de 45 000 €. La campagne s’est déroulée entre mai et octobre 2001, elle a permis d’impliquer l’ensemble des fédérations professionnelles, un sondage sur site a permis d’interroger 250 professionnels et une enquête mailing 4 300 artisans, de manière à préparer leur orientation vers les déchèteries professionnelles. Ces enquêtes ont été suivi par la rédaction d’un premier bulletin d’information et d’un guide «  Les déchèteries professionnelles, Pourquoi, Comment ? ».

Ainsi en novembre 2001, un réseau de cinq déchèteries professionnelles a vu le jour, gérées par des prestataires privés (à l’exception d’une installation exploitée par la CUB en régie mais aujourd’hui privée). Une sixième déchèterie s’est ouverte en 2002. En 2004, l’une d’entre elles ferme (en raison d’une mauvaise gestion). Les cinq premières déchèteries professionnelles ont bénéficié d’une aide à l’investissement de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) d’environ 150 000 € pour les cinq.

Pour faciliter l’orientation des artisans vers les déchèteries professionnelles, la CUB autorise l’accès de ses déchèteries publiques uniquement aux particuliers, pour cela la CUB a mis en place plusieurs dispositifs :

-  en 2000, une vignette limitant l’accès des déchèteries publiques aux seuls résidants de la CUB,
-  puis des portiques aux entrées limitant l’accès aux véhicules de hauteur inférieure à 1,90 m,
-  la mobilisation des ambassadeurs du tri pour inciter les professionnels à utiliser le réseau de déchèteries…    

De plus, la CUB a mis en place une brigade verte pour verbaliser les personnes alimentant les dépôts sauvages.

4. Présentation des cinq déchèteries professionnelles

Carte des différentes déchèteries sur le territoire de la Communauté urbaine de Bordeaux

carte01

Horaires d’ouverture

Pena
Environnement
Veolia Editrans Sx
Environnement
SITA SUD OUEST
Heures
d'ouverture
7h30-12h30
et 13h30-17h
8h-17h30
Vendredi 8h-16h30
7h-19h 7h-18h 7h30-16h30
Vendredi 7h30-15h30

Toutes les déchèteries sont ouvertes du lundi au vendredi.

Tarification (en 2011)

  • Déchets inertes et non dangereux
Pena
Environnement
   Veolia  
  Editrans  Sx
Environnement
SITA SUD OUEST
€ HT/t € HT/t € HT/t € HT/t € HT/t
Inertes 32,26 45,56 32 39 32,31
Tout venant 120,32 133,78 123 128 104,91
Cartons    25,87 15 30 17 16,15
Métaux ferreux et non ferreux 0 0 0 0 0
Déchets verts 78,97 107,46 79 98 70
Souches 78,97 78,55 95 98 107,69
Bois (palettes, cagettes…) 78,97 82,62 60 72 53,84
Pneus 254,54 227,25 Suivant modèle à l'unité
Encombrants
(machines à laver, gazinière, frigo…)
NC 0,583 € HT/kg 0,45 € HT/kg
Déchets valorisables en mélange
(cartons, métaux, bois, gravats)
NC 58,49 99
Plastiques d'emballages NC NC 30 NC 32,31
Plastiques PVC NC NC 30 NC NC
Verre NC NC NC NC 96,91

NC : Non communiqué

Les tarifs de ces déchets ont augmenté depuis 2001 de 3 % à plus de 20 %, ceci est essentiellement dû à un alignement des prix avec les autres déchèteries.

  • Déchets dangereux
Pena
Environnement
Veolia Editrans Sx
Environnement
SITA SUD OUEST
€ HT/kg € HT/kg € HT/kg € HT/kg € HT/kg
Pâteux
(peinture, colle…)
2,35 3,27

2,5 2,8
2,47

Solvants 2,5 2,8
Piles/accumulateurs 7,93 3
Batteries 0 0 0
Acide /Bases

2,35








3,27



2,47



Détergents
Produits phytosanitaires, Pesticides 7,93
Produits photo 3,27
Produits chimiques divers
7,93

Aérosols 2,5 6
Tubes fluorescents, néons 0 4,1   
Equipement contenant des CFC
Equipement électronique, informatique 0,634 0 0,45 € HT/pièce : Télé :
12,93 - Ecran PC :
9,16 -
Photocopieur
meuble : 34,46 -
Photocopieur
bureau : 16,15
Filtres à huile    3,27
Huile de vidange 1 2,47
Amiante liée 0,462 0,634 0,55 0,55

Modes de facturation

Modes de facturation
Pena
Environnement

• Paiement comptant pour les déchets dangereux, les pneus et apports occasionnels minimum de facturation : 30 €/t

• Ouverture de compte pour prévision d’apport d’1 t/semaine

Veolia

• Paiement comptant

• Ouverture de compte avec facturation mensuelle
• Carnets de tickets pour les déchets industriels banals (DIB), gravats, bois, déchets verts :                              
DIB : 115,41 € TTC pour 1 tonne avec 10 tranches de 100 Kg
Gravats : 124,32 € TTC pour 5 tonnes avec 10 tranches de 500 Kg
Bois : 74,15 € TTC pour 1 tonne avec 10 tranches de 100 Kg
Déchets verts : 169,83 € TTC pour 1 tonne avec 10 tranches de 100 Kg
Editrans • Paiement comptant
•Ouverture de compte avec facturation mensuelle
Sx
Environnement
•Paiement comptant
•Ouverture de compte avec facturation mensuelle par prélèvement automatique
SITA
SUD OUEST
•Paiement comptant
•Carte magnétique rechargeable avec une valeur de 200 €


5. Création en parallele d’un observatoire

Un observatoire des pratiques d’élimination des déchets professionnels a été tenu par la Chambre de Métiers entre 2001 et 2004. Le but de l’observatoire était de déterminer les conséquences de la mise en place du réseau de déchèteries professionnelles et les points à améliorer. Pour cet observatoire deux enquêtes sont menées en parallèle :

- la première sur un échantillon de 1 000 entreprises concernant leurs pratiques d’élimination des déchets, leur fréquentation des déchèteries professionnelles, leur satisfaction par rapport au service et les coûts et répercussions ;
- la deuxième sur les déchèteries professionnelles concernant la localisation et les activités des artisans, la typologie et le tonnage des déchets reçus, l’évolution des coûts et l’évolution des jours et des heures d’ouverture.

Les principaux résultats sont :

- concernant l’utilisation des différents services par les artisans :

•    une augmentation de l’utilisation des déchèteries professionnelles de 52 %,
•    une augmentation du recours à la prestation privée de 13 %,
•    une hausse de l’utilisation de la collecte des ordures ménagères de 4 %,
•    une augmentation de l’utilisation des bornes d’apport volontaire de 8 %,
•    une diminution de 43 % de l’utilisation par les professionnels des déchèteries publiques de la CUB ;

- une insatisfaction des artisans par rapport aux coûts pratiqués par les déchèteries professionnelles et les prestataires privés ;
- sur les 3 ans les tonnages accueillis en déchèteries professionnelles ont augmenté de 19 %, le nombre de visites de 10 % avec un ratio par visite de 620 kg ;
- pour les déchèteries publiques de la CUB, de 2000 à 2003 une baisse des tonnages de 33 % et une diminution des visites de 14 %.

Pour cet observatoire, la CUB a participé à hauteur de 15 000 €/an pendant les 3 ans. Pour la communication sur les 3 ans, un soutien financier a été versé par l’ADEME et le Conseil Régional d’Aquitaine de 5 082 € chacun.

Aujourd’hui, les artisans ne sont plus enquêtés, les gestionnaires des déchèteries professionnelles le sont toujours afin de connaître les tonnages apportés, les prix pratiqués et les éventuels changements des modalités d’accueil.

La CUB verse aujourd’hui 20 000 €/an à la Chambre de Métiers pour suivre l’évolution du réseau de déchèteries professionnelles, la gestion d’un site internet dédié aux professionnels (www.dechets-gironde.fr), la publication de magazines sur la gestion des déchets des artisans et la mise en place d’un plan de prévention de la CUB tourné vers les entreprises.

Les résultats quantitatifs concernant ce réseau de déchèteries professionnelles sont :

- une augmentation progressive des apports de déchets de 178 % passant de  14 320 t/an en 2002 à 39 800 t/an en 2011, avec une hausse de 15 % entre 2010 et 2011,
- une augmentation du nombre d’entreprises ayant un compte dans une déchèterie professionnelle passant de 1 686 en 2002 à 2 773 en 2011,
- une augmentation de la moyenne du nombre de visites par mois évoluant de 2 100 à 4 300 entre 2002 et 2011.

Les principaux utilisateurs sont les entreprises du bâtiment, puis suivent les entreprises de services, de production et d’entretien des espaces.

6. Résultats de la démarche

Avantages :

  • Les déchèteries professionnelles n’acceptent pas uniquement un type de déchets particulier ou spécifique à un secteur d’activité, mais l’ensemble des déchets qui peuvent être produits par les artisans et les entreprises. Le nombre de structures et leur capacité d’accueil sont suffisants pour réceptionner l’ensemble des déchets des professionnels présents sur le territoire.
  • Ces structures, n’accueillant que les professionnels, sont plus adaptées aux quantités, volumes, types de déchets, véhicules utilitaires des artisans et des entreprises. Les infrastructures peuvent être plus facilement ajustées afin de répondre à leurs exigences.
  • Même si la CUB a délégué la campagne de communication et l’observatoire à la Chambre de Métiers, elle s’est impliquée en amont dans la mise en place du projet et continue toujours à suivre l’évolution du réseau. De plus, les actions qu’elle a mises en place afin de limiter l’accès de ses déchèteries aux ménages, ont participé à la réussite de l’utilisation des déchèteries professionnelles par les artisans.
  • La prise en main du projet par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, contact privilégié des artisans, et son implication ont permis leur adhésion au projet.
  • Les artisans se sont senti concernés par le projet puisque plus de 1 000 entreprises ont participé à l’observatoire.
  • Les prestataires jouent le jeu en répondant aux bilans mensuels d’activités pour leur déchèterie.
  • La communication est un point clé du succès du développement du réseau de déchèteries. Ce travail a été effectué en amont du projet avec la rédaction d’un bulletin d’information et d’un guide, et pendant la mise en place du réseau avec l’enquête réalisée auprès des professionnels. A l’heure actuelle, il est toujours poursuivi avec le site internet dédié aux artisans et la publication de magazines sur la gestion des déchets.

Inconvénients :

  • Les déchèteries publiques limitrophes à la CUB qui fonctionnent différemment (pas de paiement, pas de gestion particulière des déchets dangereux…) sont sollicitées lorsque les chantiers sont en dehors de la CUB leur imposant de capter des flux supplémentaires au détriment du réseau. Cependant, les quantités concernées restent moindres.
  • Toutes les déchèteries professionnelles n’acceptent pas les déchets dangereux ; ce qui contraint les professionnels à parcourir des distances plus importantes pour les déposer dans une installation appropriée. Cela peut être un frein à l’utilisation du réseau par les artisans.
  • Les prix pratiqués par les prestataires paraissent élevés aux artisans ce qui peut ne pas les inciter à recourir à ce service.

Conseils apportés par la collectivité pour ce type de projet :

  • En priorité, un travail de communication doit être fait en amont pour informer et sensibiliser les professionnels. L’ensemble des acteurs doit être impliqué : syndicats professionnels, Chambre de Métiers, Chambre de Commerce et d’Industrie…
  • Si le projet était à refaire, une plus grande implication des communes membres pourrait être souhaitable afin qu’elles s’approprient la démarche, soutiennent le réseau de déchèteries professionnelles auprès des artisans qui sont également des administrés et que leur discours soit en phase avec celui du réseau.
  • Avec le recul, la fréquentation des déchèteries publiques démontre qu'un bon nombre de professionnels essayent toujours de venir sur ces installations pour vider leurs déchets gratuitement. Cela génère certaines situations conflictuelles avec les gardiens. Il semble nécessaire de trouver des solutions, par exemple pour une collectivité locale semblable à celle de la CUB en positionnant un agent de communication à l'entrée de la déchèterie pour identifier (si possible) un professionnel et pouvoir ainsi lui faire faire demi-tour et l’orienter vers l’installation adaptée la plus proche.


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